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Suicide - Le message d'espoir d'une survivante

Posté le 10/09/2016

Autisme  et suicide - Le témoignage d'une survivante

 

Du noir. Rien que du noir. Vous savez ces moments où rien n’a plus de sens, où la douleur est omniprésente, où l’espoir d’un nouveau jour se noie dans le… noir.

Dans le monde, plus de 800 000 personnes par an meurent en s’enlevant la vie et le nombre de tentatives est beaucoup plus élevé. Chaque année, des millions de personnes sont donc confrontées à des pertes cruelles dues à des suicides.

Heureusement, j’ai la chance de faire partie des survivantes... deux fois plutôt qu’une.

« Jour après jour, j'ai cette idée coincée en tête. Cette idée qui me fait remettre beaucoup de choses en question : mes amis, ma famille, mon passé, mon futur. Cette idée qui pourrait m'aider à m'échapper de tous mes problèmes, de tout ce que je pourrais devenir et de tout ce que je ne deviendrai jamais. Cette idée que d'autres personnes envisagent et que d'autres n'envisageront jamais. Cette idée... de m'enlever la vie. »

Ces mots qui auraient pu être les miens, ils sont tirés d'une chanson de Lenni-Kim (14 ans) Pourquoi tout perdre.

Un après-midi d’automne, à l’âge de 15 ans, en état de choc après des années d’abus sexuels, d’intimidation et de rejet, j’ai tenté de m’enlever la vie. Cette vie qui était la mienne, qui m’avait fait tant souffrir, mais qui semblait si belle pour tant d’autres, je n’en voulais tout simplement plus. Heureusement, ce geste qui se voulait fatal n’aura pas eu les répercussions que j’escomptais.

« À ce moment précis, j’ai su qu’il y aurait toujours plus fort que la douleur et le désir de partir. »

Il m’aura fallu des semaines pour reprendre physiquement le dessus ainsi que des années pour guérir mon cœur blessé. Des années aussi afin de m’apercevoir à quel point la vie est belle, qu’elle mérite toujours qu’on lui donne une chance et qu’elle nous réserve parfois de magnifiques surprises.

L’une d’entre elles, la vie me l’a faite quelques années plus tard, alors que je donnais naissance à mon premier enfant : une magnifique petite fille. À ce moment précis, j’ai su qu’il y aurait toujours plus fort que la douleur et le désir de partir. Je voulais être là pour elle. Je voulais la voir grandir, la voir s’épanouir, mais par-dessus tout je voulais la protéger et m’assurer que jamais elle n’aurait à vivre ce que moi j’avais vécu. Mais pour ça, il fallait que je reste en vie.

Ma vie n’a pas été nécessairement parfaite par la suite. Elle n’a pas été sans peines ou sans épreuves. J’ai tout simplement appris à prendre du recul et à faire de ces dernières des forces. Comme on dit dans le bouddhisme, j’ai appris à transformer le poison en élixir.

Ces derniers mois ont été particulièrement difficiles et j’avoue avoir flirté à nouveau avec le suicide.

Comme la majorité d’entre vous qui me lisez en ce moment, j’ai reçu il y a quelques années, des diagnostics d’autisme pour mes deux derniers enfants. Ces enfants, ils n'en sont pas moins merveilleux que leur grande sœur. Je ne les aime pas moins à cause de leur différence. Au contraire, je les en aime que davantage et je sens que je dois me battre encore plus afin de m'assurer qu'ils aient le meilleur avenir possible.

Et c’est là que le bât blesse.

En tant que parent d’un enfant différent, la tâche pour leur assurer cet avenir est colossale. En plus d’être un parent avec tout ce que ça comporte, nous devons souvent tenir le rôle d’une multitude de professionnels. Nous devons nous faire à la fois orthophoniste, ergothérapeute, orthopédagogue, etc. Comme si ce n’était pas assez, il faut en plus se battre continuellement. On se bat pour les diagnostics, ensuite pour les services, et ensuite encore avec les écoles et les commissions scolaires. Et ici, je passe par-dessus le fait de devoir composer avec les jugements de l’entourage, de la famille, des gens croisés au fil des jours qu’on ne connait pas, mais dont le regard en dit long.

Encore une fois, il y a quelques mois, j’ai frappé un mur et l’espace d’un moment j’ai pensé en finir.

« Un soir de printemps, alors que je m’apprêtais à poser un geste fatal [...] quelque chose de plus fort que tout m’a sauvé… l’amour que mes enfants me portent et l’amour que j’ai pour eux. »

Vous savez cette sensation qui vous donne l’impression de vous effondrer de l’intérieur, ces derniers mois elle était devenue mon quotidien. J’étais tout simplement épuisée.

Épuisée d’avoir trop souvent en silence pleuré, enfermée à double tour dans la salle de bain question de m’assurer que mes enfants ne soient pas témoins du perpétuel cauchemar que je vivais. Épuisée par les mauvaises nuits. Épuisée par mes journées. Épuisée par mes combats.

Épuisée aussi par l’impression d’être seule. L'impression que le peu de personnes à qui j'arrivais à verbaliser mon mal ne me croyaient pas ou n’en avait tout simplement rien à faire. Parce que de l’aide, on a parfois beau la demander, lorsque la «banque» est épuisée… c’est terminé.

Un soir de printemps, prise dans ce flou perdu quelque part entre deux mondes, alors qu’enfermée dans ma salle de bain, un couteau de cuisine en main pendant que mon bain se remplissait et que je m’apprêtais à poser un geste fatal, quelque chose de plus fort que tout m’a sauvé… l’amour que mes enfants me portent et l’amour que j’ai pour eux.

L’espace d’un instant, celui qui m’a sauvé, j'ai par miracle eu assez de lucidité pour penser à ce que mes enfants deviendraient si je n’étais pas là pour eux. Qui serait là pour les consoler et les border la nuit? Qui serait là pour apaiser ma fille lorsqu’elle doit affronter un effondrement autistique? Qui serait là pour rassurer mon fils, angoissé par un rien parce que le monde qui l’entoure va trop vite? Qui serait là pour les comprendre? Qui se battrait pour eux afin qu’ils puissent accéder un jour à la vie à laquelle ils ont droit? Mais surtout, comment arriveront-ils à comprendre ce geste et à vivre avec les conséquences de cette décision que je m’apprêtais à prendre?

« Un matin, j’ai eu la chance de me réveiller et d’être capable de prendre une bouffée d’air un peu plus profonde qu’à l’habitude. Doucement, j’ai recommencé à voir le bon et le beau autour de moi. »

Si je vous raconte tout ça aujourd'hui, c'est qu'encore une fois, je m’en suis sortie. Un matin, j’ai eu la chance de me réveiller et d’être capable de prendre une bouffée d’air un peu plus profonde qu’à l’habitude. Doucement, j’ai recommencé à voir le bon et le beau autour de moi.

J’espère également que mes écrits sauront toucher votre cœur et qu’ils seront pour vous un message d’espoir. Celui qui vous portera à croire que vous pouvez vous en sortir et que la vie vaut toujours la peine d’être vécue. Parce que si les situations difficiles sont temporaires et peuvent toujours être résolues, le suicide lui est un acte permanent et irréversible.

Si vous pensez au suicide...

Si vous avez des idées suicidaires, c'est que votre souffrance commence à prendre trop de place. C'est un signal d'alarme. Vous devez le prendre au sérieux.

Le suicide vous apparaît actuellement comme la seule façon de diminuer votre souffrance...

Parlez-en, c'est le premier pas pour s'en sortir.

Il existe des personnes prêtes à vous écouter et vous aider. En parlant avec eux, il est possible de trouver des solutions, de percevoir différemment votre situation.

Appelez le 1-866-APPELLE (1-866-277-3553) au Québec, le 01 45 39 40 00 en France et le 0800 32 123 en Belgique. Des gens sont là pour vous aider et vous soutenir. Ne restez pas seul. Vous n'êtes pas seul à combattre. Il y a toujours de l'espoir.

 

Quelques liens...

La dépression et le risque de suicide chez la personne autiste
Association québécoise de prévention du suicide
Centre de prévention du suicide de Belgique
Suicide Ecoute en France

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Le vidéoclip de la chanson Pourquoi tout perdre réalisé par Antoine Olivier Pilon (Mommy).

Autisme et suicide - Le témoignage d'une survivante