Comprendre la modulation sensorielle chez l'enfant ou l'adulte vivant avec un trouble du spectre de l'autisme (TSA)

Comprendre la modulation sensorielle chez l'enfant ou l'adulte vivant avec un trouble du spectre de l'autisme (TSA) - enfant autiste - adulte autiste - hypersensibilité - hyposensibilité

Comprendre la modulation sensorielle chez l'enfant ou l'adulte vivant avec un trouble du spectre de l'autisme (TSA) - enfant autiste - adulte autiste - hypersensibilité - hyposensibilitéEn tout temps notre cerveau est bombardé d’une quantité innombrable de stimuli provenant de l'environnement, mais aussi de l'intérieur de notre corps.

Imaginez un instant si notre cerveau devait porter attention à tout ce que nous voyons, entendons, goûtons, sentons et touchons.

On y inclut les vêtements qui frôlent notre peau, la salive dans notre bouche, la poussière dans nos narines.

Ajoutez à cela, les sensations de faim et de soif ainsi que notre position dans l'espace via les messages qu'envoient nos muscles, nos articulations et un système de traitement du mouvement appelé système vestibulaire (situé dans l'oreille interne).

Que croirez-vous qu’il pourrait se produire ?

La surcharge sensorielle, la modulation sensorielle et la modulation de l’éveil

Comparons notre cerveau au président d’une grosse compagnie.

Une surcharge sensorielle, c’est un peu comme si ce président recevait simultanément tous les messages courriel, toutes les enveloppes de la poste, incluant les publicités. Qu’en plus de devoir gérer le département du courrier, il devrait répondre à toutes les questions de ses employés, pertinentes ou non. Toujours en vaquant à ses tâches précédentes, il devrait surveiller tout le monde travailler via un mur d'écrans vidéo. Que ce système comprenait une série de haut-parleurs projetant les voix de tous, les bruits du photocopieur ainsi que tous les téléphones qui sonnent dans l’immeuble.

Entendons-nous que si ce président n'a pas encore démissionné dans l'heure suivant son embauche, il ne lui resterait certainement que très peu de ressources pour accomplir de grandes choses. Il ne saurait probablement plus, littéralement parlant, ou donner de la tête!

Par chance, la nature a bien fait les choses. Afin de lui éviter les surcharges et qu’il soit efficace, le cerveau s'est doté d'un processus de filtration. Ce dernier l'aide a prioriser toute l’information qu’il reçoit. De cette façon, il s'assure que la seule information à se rendre à sa conscience soit celle qui lui sera la plus utile dans le moment présent pour assurer sa survie ou atteindre ses buts.

Ce processus de triage et de filtration de l'information qui provient des sens s'appelle la modulation sensorielle.

Ce processus est tellement efficace que si le cerveau juge une information importante, le niveau d'éveil, de vigilance, d'attention qu’il lui portera va, de concert, augmenter. Il en sera de même pour le volume de l'information (à quelle intensité les stimuli seront perçus) afin d’en assurer la réception et le traitement rapidement.

De plus, lorsqu'une personne qui se sent en sécurité s'endort, la vigilance du cerveau diminue afin de lui assurer un sommeil de qualité (pas nécessaire d'entendre les voitures qui passent dans la rue ou les bruits du réfrigérateur pendant la nuit).

C'est la modulation de l'éveil.

Quelques exemples

L'exemple d'Olivier

Olivier est un enfant qui a un processus de modulation efficace. Aujourd'hui il est en classe. En ce moment, Olivier porte un chandail doux avec une étiquette, mais il ne sent pas son contact sur sa peau. Il écoute avec attention les paroles de son enseignant et regarde ce qu'il écrit au tableau. Il y a des tubes fluorescents dans la classe; Olivier ne les a jamais remarqués. Il a une petite faim, mais il n'en est pas conscient. Par ailleurs, il a une envie de pipi croissante, mais n'y porte plus attention. Olivier reste bien assis sur sa chaise; il est calme et semble intéressé. Vingt minutes plus tard, l'envie de pipi est plus pressante et son cerveau commence à la prioriser sur le reste. Ainsi, Olivier écoute maintenant moins son enseignant; il regarde l'heure et s'interroge s'il peut se retenir jusqu'à la récréation ou s'il doit lever la main pour demander la permission d'aller à la salle de bain maintenant. Il s'apprête à prendre sa décision en pesant le pour et le contre des deux options.

 

L'exemple d'Elizabeth

Elizabeth est dans la même classe qu'Olivier. Elle a un trouble de la modulation sensorielle identifié par son ergothérapeute.

Même si la leçon de l'enseignant l'intéresse, Elizabeth n'arrive pas à y être attentive. Elle est très distraite par ses bas qui descendent et les coutures de ses pantalons neufs qui irritent sa peau. Elle alterne entre couvrir ses yeux, car les tubes fluorescents sont trop brillants et ses oreilles, ayant l'impression que le professeur crie. Elle n'arrive pas à trouver une position confortable sur sa chaise et bouge pour changer le mal de place. Ce soir, et avec raison, elle aura de la difficulté à faire ses devoirs, n'ayant pas compris la leçon et se dira épuisée de sa journée.

 

L'exemple de Nathan

Aussi, dans la même classe, Nathan a un niveau d'énergie et de vigilance trop bas. Il est penché sur son bureau avec sa tête appuyée sur sa main. Il semble dans la lune; écoute peu la leçon. Il y a quelques minutes, Nathan est même tombé de sa chaise; son cerveau ayant perdu les repères reliés à la position de ses membres les uns par rapport aux autres. Nathan a aussi une envie de pipi, beaucoup plus grande que celle d'Olivier, mais il ne s'en rend pas compte; il aura peut-être un accident, son cerveau n'ayant pas porté attention aux messages, pourtant urgents, provenant de sa vessie.  

 

L'exemple de Simon

Simon a un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), mais ne prend pas de médication actuellement. Lui aussi a rencontré un ergothérapeute qui a identifié des difficultés avec sa modulation sensorielle de type recherche sensorielle. Comme Nathan, Simon a aussi un système nerveux qui a tendance à avoir un éveil trop bas. Mais contrairement au cerveau de Nathan, le cerveau de Simon a décidé qu'il était ennuyant de recevoir insuffisamment de messages de ses sens. Alors, il fait des commandes pour obtenir des stimuli qui pourront le garder éveillé! Il se berce sur sa chaise, manipule ses crayons, mâchouille sa manche de chandail et se lève dès qu'il en perçoit l'opportunité.

D'un côté, cette attitude du cerveau est une bonne chose. Malheureusement, en classe, ce n'est pas aussi fonctionnel que ce le serait, par exemple, à la récréation. Ainsi, malgré un intérêt pour le sujet discuté par l'enseignant, Simon est distrait par à peu près tout, incluant ses propres pensées, sauf lorsque l’enseignant élève un peu la voix et que son attention est captée...pour un moment!

La modulation sensorielle et la modulation de l’éveil, deux processus interreliés

Avec l'exemple de Simon, il est possible de mieux comprendre que la modulation sensorielle et la modulation de l'éveil sont deux processus interreliés.

L'éveil affecte les entrées sensorielles et les entrées sensorielles affectent l'éveil.

  • Exemple 1: Plus l'éveil est élevé, plus il sera réactif et sensible aux stimuli. Comme lorsqu'on est anxieux, un bruit, un toucher, aussi habituels qu'ils soient, sont sujets à nous saisir parce que, pour le cerveau, un éveil élevé indique un danger ou une grande joie potentielle, dans les deux cas, des informations qui ne devraient pas être manquées.

  • Exemple 2: Plus mon éveil est bas / léthargie, moins mes sens seront perceptifs (comme lorsque nous dormons).

Dans le jargon utilisé par les ergothérapeutes, les termes hyperactivité, hypersensibilité, hyporéactivité et hyposensibilité sont utilisés pour décrire les réactions insuffisantes ou exagérées lors d'une modulation sensorielle/éveil inefficace.

La modulation sensorielle et l’ergothérapie

Lorsqu'un ergothérapeute travaille avec un enfant pour normaliser la variation de ses états d'éveils ou sa modulation sensorielle, il va utiliser cette relation en se posant des questions telles que?

  • Quels stimuli aident le système de cet enfant à atteindre et à maintenir un état d'éveil fonctionnel, par exemple être alerte en classe et fatigué au moment du coucher?

  • Quels stimuli augmentent ou diminuent l'éveil du système de cet enfant pour qu’il puisse réagir normalement aux stimuli de tous les jours, par exemple, être moins sensible au bruit?

La modulation sensorielle et le trouble du spectre de l’autisme (TSA)

La présence de troubles ou à tout le moins, de certaines fragilités du processus sensoriel, est une chose fréquente en autisme. Cependant, ils ne sont pas une cause ni un critère diagnostic.

Important à retenir

Un trouble de la modulation sensorielle/de l'éveil peut exister chez un enfant qui n'est pas autiste.

Un enfant autiste peut ne pas avoir de trouble/fragilités du processus de modulation sensorielle/de l'éveil.

Mise en garde

Bien sûr, il existe différents équipements sur le marché (ex. coquilles insonorisantes, peluches lestées) qui peuvent diminuer les impacts d'un trouble de la modulation sensorielle dans la vie quotidienne. Cependant, pour comprendre le profil sensoriel d'un enfant et identifier des interventions qui pourront avoir un impact à long terme, une évaluation en ergothérapie est nécessaire.

Consultez toujours un ergothérapeute si vous suspectez cette problématique chez un enfant. Ne tentez pas, par vous-même, des interventions que vous aurez peut-être trouvées sur l'internet ou qui auraient été recommandées à un enfant autre que le vôtre. L'intervention pour la modulation sensorielle est une intervention qui cible le système nerveux. Des impacts négatifs sont possibles si vous n'appliquez pas les bonnes interventions.


R
echerche et rédaction : Josiane Caron Santha, ergothérapeute
Dernière mise à jour : 09/03/2017 5:26 PM

 

 

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