Les rigidités alimentaires chez les enfants vivant avec un trouble du spectre de l'autisme (TSA) - Causes et pistes de solution

En matière d'alimentation, chaque parent veut ce qu'il y a de mieux pour son enfant. Mais parfois, l'arrivée d'un enfant différent le ramène vers une réalité à l'opposé de ce qu'il s'était imaginé.

Pour les familles d'enfants autistes, l'alimentation est une préoccupation constante puisque souvent, une personne vivant avec un trouble du spectre de l'autisme (TSA), enfant comme adulte peut avoir certaines particularités sensorielles, rituels ou encore comportements restrictifs qui affecteront ses habitudes alimentaires.

Certains enfants autistes peuvent refuser de manger des aliments spécifiques pour un certain nombre de raisons. Parmi celles-ci on retrouve l'odeur, la texture et la couleur. Aussi, certains enfants refuseront simplement parce qu’ils n’ont jamais essayé avant. Tenter d'obtenir de la part de celui-ci qu'il mange quelque chose qu'il refuse de manger ou de retirer ses produits alimentaires préférés peut causer de nombreux problèmes de comportement.

En outre, les aliments que l'enfant préfère et consomme régulièrement (comme les bonbons, le pain, ou de la restauration rapide) pourraient entraîner des carences nutritionnelles. Ces carences peuvent conduire à une perte de poids, la malnutrition ainsi qu'à une croissance insuffisante.

Il est à noter que certaines enfants autistes pourraient à l'inverse, être porté à trop manger. D'autres encore seront trop sélectifs.

Ces particularités alimentaires peuvent varier de légères à sévères. Bien qu'au départ, les problèmes d'alimentation sont souvent légers, ils peuvent dans certains s'aggraver à un point que les parents aient du mal à gérer les comportements difficiles qui en découlent.

 

Attention !

Les rigidités alimentaires n'ont rien à voir avec un caprice ou une tentative de manipulation de la part de l'enfant. Il s'agit d'une problématique bien réelle et complexe qui peut avoir pour origine de multiples causes. Il sera important de définir celles présentes chez l'enfant afin d'intervenir de façon adéquate avec ce dernier.

Les causes possibles de rigidités alimentaires

Les causes à l’origine de rigidités alimentaires peuvent être nombreuses et il sera important de découvrir celles qui s'appliquent à votre enfant. En connaissant les raisons par exemple, de son refus de s'alimenter, il sera plus facile de développer et mettre des stratégies ou des outils d'intervention en place.

Voici quelques-unes des causes possibles en matière de rigidités alimentaires et quelques pistes de solutions qu'il vous sera possible de mettre vous-même en place.

 

Le sensoriel


 

Certains enfants sont hyposensibles et ne ressentent pas la satiété.

Ils vont donc remplir leur estomac au maximum, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place du tout.

Piste de solutionPour éviter cela, vous pouvez lui proposer un menu très précis avec des quantités à respecter (nombre de cuillères, nombre de morceaux, etc.). Et pour finir de remplir l'estomac, on peut compléter avec de l'eau.

 

D'autres ont des problèmes d'hypersensibilité au niveau du goût, de l'odorat et même de la vue.

Ceux-là vont être très sélectifs et préférer les aliments ayant un goût plutôt neutre.

Piste de solution : Il importera ici d'y aller doucement en respectant le rythme de l'enfant. Vous pouvez mettre en pratique la procédure offerte dans la section La peur de goûter plus bas.

 

Certaines personnes autistes hyposensibles, au contraire, vont manger toutes sortes d'aliments, et même parfois ce qui ne se mange pas.

Ce trouble alimentaire se nomme Pica (attention aux produits dangereux).

Piste de solutionRéférez-vous au professionnel de votre enfant.

 

L'hyposensibilité de la sphère buccale va avoir aussi une influence sur la taille des bouchées.

C'est pourquoi certains vont se remplir la bouche au maximum et à toute vitesse avant d'avaler puisqu'ils ne sentent pas bien à quel point elle est remplie.

Piste de solution : Dans ce cas, vous pouvez stimuler doucement cette zone à l'aide de brosses souples ou même d'une brosse à dents électrique. Au moment du lavage de dents, vous pouvez utiliser la brosse également sur la langue et à l'intérieur des joues. Vous pouvez également offrir régulièrement des collations croquantes à votre enfant.

Les praxies bucco-faciales


 

Certains enfants ont des difficultés à mâcher correctement et suffisamment. Comme c'est long et fatiguant, ils vont quasiment avaler leurs aliments tout ronds. Une rééducation des muscles de la sphère buccale peut se faire en orthophonie. Sinon, on peut trouver des exercices et des jeux pour faire travailler cette partie du visage.

En voici quelques-uns :

  • La mimique faciale : Faites des grimaces, tester les expressions, les mimiques classiques : sourire, joie, dégoût, tristesse, peur, etc.
  • Faire des activités de souffle. Ceci permettra aussi de combler le besoin proprioceptif et de calmer l'enfant.
  • Faire boire du yogourt, du pouding ou autre purée à la paille
  • Offrir des collations croquantes
  • Faire des claquements de langues
  • Montrer les dents

On peut aussi compter le nombre de fois où l'on mâche à chaque bouchée. C'est assez fastidieux, mais ça vaut la peine de le faire, même si c'est seulement de temps en temps.

La peur de goûter


 

C'est connu, les enfants et les adultes vivant avec un trouble du spectre de l'autisme (TSA) n'aiment pas les changements, alors ajouter un nouvel aliment peut être un problème en soi. De plus, cet aliment risque de donner de nouvelles sensations au niveau du goût, de la texture, de l'odeur et même de la couleur, ce qui peut entraîner des nausées et même des vomissements. Goûter est donc souvent à haut risque!

Pour amener l'enfant à s'ouvrir à d'autres aliments sera important d'y aller en douceur. En cas de refus, il importera de le présenter à nouveau l'aliment.

Il existe quelques stratégies, qui demandent beaucoup de patience, car il va falloir procéder par micro-étapes, comme pour beaucoup d'apprentissages. Attention donc à ne pas être trop exigeants dans cet apprentissage pour ne pas mettre trop de pression. Les repas doivent rester agréables. 

À titre d'exemple, nous vous proposons une petite procédure simple que vous pouvez utiliser. En utilisant cette méthode, votre enfant acceptera de plus en plus d'aliments sans développer une appréhension ou un dégoût pour l'heure du repas.

Il ne faudrait toutefois pas s'attendre à un résultat optimal, mais compter que sur une petite amélioration. Et n'oubliez pas que les goûts sont propres à chacun et qu'il est possible qu'il n'apprécie jamais certains aliments même si vous en raffolez. 

 

Procédure pour emmener l'enfant à goûter de nouveaux aliments

  1. En un premier temps, mettre un petit bol contenant l'aliment choisi au centre la table. De cette façon l'enfant pourra prendre le temps d'apprivoiser la couleur et l'odeur de ce dernier. En offrir à l'enfant, mais respecter son refus.

  2. Réduire progressivement cette distance jusqu'à poser l'aliment au bord de l'assiette de l'enfant.

  3. Lorsque l'enfant aura accepté la présence de cet aliment, mettre ce dernier directement dans son assiette. Laissez-le explorer la texture de l'aliment avec son ustensile même si ne le mange pas. Proposez-lui à l’occasion de goûte, mais toujours sans rien forcer.

  4. Lorsque l'étape précédente est acquise, on pourra envisager de poser un petit morceau de l'aliment sur la langue de l'enfant qu'il recrachera par la suite. L'étape suivante sera de mordre dans ce morceau sans l'avaler, puis de le mâcher toujours sans l'avaler pour terminer avec l'étape finale qui est de le manger.

 

Toujours féliciter et récompenser à chacune des étapes car l'effort est vraiment important. 

Attention à ne pas être trop exigeants dans cet apprentissage et à ne pas mettre trop de pression. Les repas doivent rester agréables. Il est possible de ne mettre en place cette stratégie que de temps en temps, pas à tous les repas. À chacun de doser en fonction des résultats et de l'effort que ça représente pour la personne.

La rigidité


 

Certains préfèrent manger le même aliment au même repas. Ainsi, les pommes de terre servies le soir ne peuvent pas forcément être mangées le midi. Attention donc à ne pas laisser s'installer cette rigidité en pensant, si c'est possible, à varier le moment où sont servis les aliments, même s'il y en a peu.

Piste de solutionSi l'accompagnement de la viande se limite à pommes de terre, riz, pâtes, penser à alterner de manière à ce qu'ils soient servis à différents repas. Et puis, varier également les formes ou les couleurs, et même les marques, si ce n'est pas déjà trop tard... Car une fois la rigidité installée, il est encore plus difficile d'introduire de nouveaux aliments.

En conclusion

Il sera important de faire la distinction entre les allergies et les sensibilités que pourrait présenter votre enfant. Si celui-ci est malade après avoir ingéré de la nourriture, la raison dépasse certainement ses sensibilités. Plusieurs enfants autistes ont des problèmes gastro-intestinaux et des allergies. Parlez-en avec votre médecin, afin de déterminer les aliments que vous ne devriez pas lui servir.

Soyez réaliste ! Les personnes autistes ont souvent des sensibilités alimentaires. Ils peuvent être très difficiles. Vous devez vous assurer que votre enfant se nourrisse correctement, mais vous ne voulez pas faire la guerre à chaque repas. Assurez-vous que vos attentes restent raisonnables. Souvenez-vous...

  • Qu'il est plus important qu'il mange suffisamment plutôt qu'il mange des aliments particuliers.
  • Qu'il est souhaitable de lui offrir une alimentation équilibrée plutôt que de lui donner une alimentation très variée.
  • Que si les goûts de l'enfant sont très limités, il importera sera important de lui donner certains suppléments alimentaires. Au besoin, consulter un professionnel de la santé.


Recherche et rédaction :
 Aube Labbé
Dernière mise à jour : 09/03/2017 9:50 PM

 

 

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